Foucault, humaniste ? C’est la thèse a priori paradoxale de cette introduction au penseur de… la « mort de l’homme » que nous proposent Didier Ottaviani et Isabelle Boinot.
En archéologue du savoir, Foucault (1928-1984) fouille, creuse et décape les fondations de plusieurs périodes historiques pour montrer en quoi la « vérité » est toujours relative à celui qui l’édicte — au pouvoir de celui qui l’édicte.
Or « l’Homme » n’est jamais qu’une figure de vérité parmi d’autres, établie par un certain ordre de pouvoir — de discours — et donc appelée à disparaître si cet ordre devait soudainement se taire…
Didier Ottaviani — Normalien ; agrégé de et docteur en philosophie ; professeur à l’École normale supérieure. Quoique féru de pensée classique — une thèse sur Dante, des enseignements centrés sur la philosophie médiévale et de la Renaissance… — ne se détourne en rien de ses contemporains, entre animation de forums et commentaires de BD.1. Comment as-tu « rencontré » Michel Foucault ? En quoi penses-tu qu’il est « utile » de nos jours ?
[DO] La rencontre avec Michel Foucault intervint il y a fort longtemps, alors que je préparais le concours de l’ENS Fontenay dont le thème était cette année-là « l’Humain ». Conseillé par mon professeur de Khâgne, j’avais lu l’Histoire de la folie puis Surveiller et punir, ouvrage qui m’a fortement marqué à la fois par son style limpide et par la réflexion qu’il avait alors suscité en moi. En tant qu’étudiant en philosophie, son utilité a d’abord été de me permettre de comprendre un fait qui n’est pas toujours évident dans cette discipline : les discours ne peuvent être détachés des périodes qui les portent et il est nécessaire d’en étudier la constitution.
Isabelle Boinot — Née le 28 août 1976. Études en arts appliqués, puis études à l’École des Beaux-Arts d’Angoulême. Depuis 2000, diverses auto-éditions et expositions de dessins. Membre actif et fondateur du collectif Frédéric Magazine.
1. Illustrer de la philo, est-ce difficile ?
[IB] Illustrer la philo est certainement plus compliqué qu’illustrer un livre de cuisine mais tout dépend de quoi on parle. Les concepts sont assez difficiles à représenter parce qu’on ne peut pas les réduire à une image. En revanche les exemples concrets sur lequels s’appuie le philosophe, c’est de la tarte.
2. Peut-on produire des images d’une pensée ? Raconte-nous le genre d’écueils que tu as rencontrés…
[IB] C’est une vraie gymnastique mentale que de visualiser une pensée. J’ai buté sur pas mal de choses, l’archive et l’épistémê entre autres : impossible de penser au mot archive sans voir une grosse pile de dossiers tout en sachant que ce n’est pas vraiment de ça qu’il s’agit.
Didier Ottaviani & Isabelle Boinot
L'humanisme de Michel Foucault
Ollendorff & Desseins – Le sens figuré
978-2-918-00201-7
Format 16x21 cm – 157 pages – 24 euros

Il existe évidemment bien des façons de surveiller et punir. On n’en finit pas d’apprendre.
La discipline est un mode d’être qui a fait ses preuves et qu’on ne se lasse pas de reproduire de génération en génération.
L’essentiel étant de préserver le modèle.